Ce qui suit est ce que je n'ai publié depuis plusieurs mois, et qui restait dans mes archives de karmaos, en tant que brouillons. Je vide. je fais de la place. J'agrège, et l'ensemble donne une impression bizarre...

 

20 avril 2008

Il est quand même fulguramment édifiant de faire ses courses dans nos supermarchés le samedi quand, en Haïti, on vend des galettes de boue, confectionnée avec de l'argile et de l'eau croupie, pour nourrir les enfants. Ça se vend oui, ça a un cours, c'est 10 fois moins cher que le riz, nous dit-on. C'est un prix.

Faudra-t-il scander ce fait jusqu'à ce que la conscience finisse par se trouver elle-même dans un énième fleuve de mots ?

Cette semaine nos médias ont recensé 37 pays ayant été le lieu de ce qu'ils ont nommé émeutes de la faim. Nous sommes la seizième semaine de 2008. Je retiens cette date comme étant le début des grands carnages. Quand dans un demi-siècle nous serons peut-être sortis d'un énième fleuve de cadavres, je ne sais pas quelle conscience nous aurons. Cette semaine est un début. Pas une alerte. Pas une secousse.
Un début de quelque chose de douloureux, de très long.
 

 

 

 22 juin 2008

Manifeste Dada, par Hugo Ball, 14 juillet 1916

« Dada est une nouvelle tendance artistique, on s'en rend bien compte, puisque, jusqu'à aujourd'hui, personne n'en savait rien et que demain tout Zurich en parlera. Dada a son origine dans le dictionnaire. C'est terriblement simple. En français cela signifie « cheval de bois ». En allemand « va te faire, au revoir, à la prochaine ». En roumain « oui en effet, vous avez raison, c'est ça, d'accord, vraiment, on s'en occupe », etc. C'est un mot international. Seulement un mot et ce mot comme mouvement.

Très facile à comprendre. Lorsqu'on en fait une tendance artistique, cela revient à vouloir supprimer les complications. Psychologie Dada. Allemagne Dada y compris indigestions et crampes brouillardeuses, littérature Dada, bourgeoisie Dada et vous, très vénérés poètes, vous qui avez toujours fait de la poésie avec des mots, mais qui n'en faites jamais du mot lui-même, vous qui tournez autour d'un simple point en poétisant. Guerre mondiale Dada et pas de fin, révolution Dada et pas de commencement. Dada, amis et soi-disant poètes, très estimés fabricateurs et évangélistes Dada Tzara, Dada Huelsenbeck, Dada m'dada, Dada m'dada, Dada mhm, dada dera dada, Dada Hue, Dada Tza.

Comment obtenir la béatitude ? En disant Dada. Comment devenir célèbre ? En disant Dada. D'un geste noble et avec des manières raffinées. Jusqu'à la folie. Jusqu'à l'évanouissement. Comment en finir avec tout ce qui est journalisticaille, anguille, tout ce qui est gentil et propret, borné, vermoulu de morale, européanisé, énervé ? En disant Dada. Dada c'est l'âme du monde, Dada c'est le grand truc. Dada c'est le meilleur savon au lait de lys du monde. Dada Monsieur Rubiner, Dada Monsieur Korrodi, Dada Monsieur Anastasius Lilienstein. Cela veut dire en allemand : l'hospitalité de la Suisse est infiniment appréciable. Et en esthétique, ce qui compte, c'est la qualité. Je lis des vers qui n'ont d'autre but que de renoncer au langage conventionnel, de s'en défaire. Dada Johann Fuchsgang Goethe. Dada Stendhal, Dada Dalaï-lama, Bouddha, Bible et Nietzsche. Dada m'dada. Dada mhm dada da. Ce qui importe, c'est la liaison et que, tout d'abord, elle soit quelque peu interrompue.

Je ne veux pas de mots inventés par quelqu'un d'autre. Tous les mots ont été inventés par les autres. Je revendique mes propres bêtises, mon propre rythme et des voyelles et des consonnes qui vont avec, qui y correspondent, qui soient les miens. Si une vibration mesure sept aunes, je veux, bien entendu, des mots qui mesurent sept aunes. Les mots de Monsieur Dupont ne mesurent que deux centimètres et demi. On voit alors parfaitement bien comment se produit le langage articulé. Je laisse galipetter les voyelles, je laisse tout simplement tomber les sons, à peu près comme miaule un chat… Des mots surgissent, des épaules de mots, des jambes, des bras, des mains de mots. AU. OI. U. Il ne faut pas laisser venir trop de mots. Un vers c'est l'occasion de se défaire de toute la saleté. Je voulais laisser tomber le langage lui-même, ce sacré langage, tout souillé, comme les pièces de monnaies usées par des marchands. Je veux le mot là où il s'arrête et là où il commence. Dada, c'est le cœur des mots. Toute chose a son mot, mais le mot est devenu une chose en soi. Pourquoi ne le trouverais-je pas, moi ? Pourquoi l'arbre ne pourrait-il pas s'appeler Plouplouche et Plouploubache quand il a plu ? Le mot, le mot, le mot à l'extérieur de votre sphère, de votre air méphitique, de cette ridicule impuissance, de votre sidérante satisfaction de vous-mêmes. Loin de tout ce radotage répétitif, de votre évidente stupidité.

Le mot, messieurs, le mot est une affaire publique de tout premier ordre.

Hugo Ball, Zurich, le 14 juillet 1916 »

 16 Juillet 2008

Les recommandations d'Alain Badiou, philosophe communiste, dans le contexte actuel ( avant la crise, enfin... pendant le début de crise parce que ça fait 14 mois que ça dure, ai-je entendu cette semaine... )

Voilà donc à quoi le philosophe doit s’employer. Et les citoyens. Et la gauche : permettre la réémergence des conditions d’existence de l’hypothèse communiste. "Faire exister l’hypothèse", tel est le travail des révolutionnaires. Et Alain Badiou, pour l’anticiper, de proposer un manifeste en 8 points, comme une nouvelle "table des possibles" :

(1) Respecter les "ouvriers", les considérer égalitairement, les honorer comme tels, "et singulièrement les ouvriers de provenance étrangère". Sachant qu’il faut interpréter le terme d’ouvrier comme "le nom générique de tout ce qui peut se soustraire à l’hégémonie du capital".

(2) Réhabiliter l’Art contre la culture de consommation, notamment dans les médias et l’école.

(3) Ne jamais inféoder la science à la technique, refuser qu’elle soit "commensurable à la profitabilité technique", lutter contre le réquisit de la rentabilité et l’ontologie du profit. Sarkozy veut que "l’argent des contribuables" aille à l’informatique et à l’économie…, alors il faut s’empresser de redonner raison à Auguste Comte qui considérait que le devenir de l’humanité exigeait une alliance entre "les prolétaires et les scientifiques".

(4) Réinventer l’amour (point de Rimbaud). Rappelons que Théodore Zeldin affirme lui aussi que l’aventure du XXIe siècle, l’objet même de l’Histoire, sera le dialogue entre l’homme et la femme, dialogue aimant si possible, amical nécessairement… Or, l’amour est menacé de toutes parts : sur sa droite par les libertins ; sur sa gauche par les libéraux. Oui, l’amour n’est pas qu’un "contrat entre deux individus libres et égaux". Oui, rappelle Alain Badiou, "c’est ce qui commence au-delà du désir et de la demande". En somme, l’amour ou la nouvelle cause du peuple.

(5) Soigner les malades (point d’Hippocrate) sans restriction aucune. Tout malade a en effet le droit d’être soigné dans les meilleures conditions possibles, hors de toute considération économique, sociale, ethnique, etc… "C’est la définition même de la médecine qui est en jeu".

(6) Ne jamais inféoder l’émancipation à la gestion. Gare en effet à "la modernisation", l’autre nom de la "définition stricte et servile du possible".

(7) Ne jamais lire un journal qui appartient à de "riches managers", à "des rois du béton", des "princes du luxe", des "empereurs des avions de guerre". "Désintéressons-nous des intérêts que leur intérêt souhaite voir devenir les nôtres".

(8)  Enfin, poser comme maxime centrale : il y a un seul monde. Cette phrase est "performative". Elle doit faire tomber les murs. "Affirmer le principe d’un seul monde ne contredit pas le jeu des multiples identités et différences". Dire qu’il y a un seul monde, c’est poser un "opérateur du commun", un "axiome de l’action collective", "subordonner la dimension négative (l’opposition aux autres) à la dimension affirmative (le développement du même)", "développer les virtualités universelles des identités". Pour Alain Badiou, c’est sans nul doute le point central de la politique d’aujourd’hui, ce qui viendra régénérer cette longue histoire blanche qui s’achève.

26 juillet 2008

Article espace, de Wikipédia :

L'espace est la forme de notre expérience sensible. C'est un milieu idéal, c'est-à-dire une construction de l'esprit, qui contient nos perceptions, et où nous localisons le mouvement et les corps. Dans l'expérience quotidienne, l'espace est homogène, isotrope, continu et illimité.

On distingue l'espace psychologique et l'espace mathématique. L'espace psychologique peut être divisé en espaces visuel, tactile, musculaire, etc.

 

27 juillet 2008

 

Par Laurent BANGUET
mer 25 jui, 21h38  Envoyer par mail  Envoyer via Y! Messenger  Blog via Yahoo! 360  Imprimer

Le premier président de la Cour des Comptes, Philippe Séguin, s'exprime, le 13 juin 2005 àParisAgrandir la photo

PARIS (AFP) - La Cour des comptes est sceptique sur la possibilité de revenir à un "déficit zéro" en 2012, comme le gouvernement s'y est engagé auprès de ses partenaires européens, et s'inquiète du poids croissant de la

dette

publique pour le citoyen.

Avec un déficit public (Etat, sécurité sociale et collectivités locales) aggravé (2,7% du PIB l'an dernier après 2,4% en 2006), "la dette publique ne manque évidemment pas de s'alourdir", a insisté mercredi le premier président de la Cour des comptes, Philippe Séguin.

"Aujourd'hui en France, tout actif occupé a sur ses épaules un endettement de 47.000 euros, qu'il devra bien rembourser, lui et ses enfants", a précisé M. Séguin en présentant un rapport de la Cour remis au Parlement avant le débat d'orientation budgétaire pour 2009.

La charge des intérêts de la dette représente à elle seule "2.000 euros par an et par Français employé", une charge qui "réduit à néant nos marges de manoeuvre" et menace l'avenir des systèmes de solidarité publics, a-t-il martelé.

Cette charge des intérêts se montait en 2007 à plus de 50 milliards d'euros, soit l'équivalent du déficit public, en augmentation de 12% par rapport à 2006.

"Nous dépassons pour la cinquième année consécutive le seuil de 60% (de dette publique par rapport au PIB) fixé comme limite maximale par le traité de Maastricht", a déploré M. Séguin, regrettant que les périodes de forte croissance n'aient pas été mises à profit pour réduire cet endettement, comme chez les plupart des partenaires européens de la France.

Car "cette dégradation des comptes (...) ne résulte pas d'une croissance économique insuffisante" en France, qui s'est établie dans "une honnête moyenne en Europe", un peu au-dessus de 2% par an en moyenne, a relevé Philippe Séguin.

"Notre déficit est structurel et un affaiblissement de la conjoncture", comme le redoutent actuellement nombre de prévisionnistes pour 2008 et 2009, "risquerait de le refaire passer au-delà de la limite des 3%" autorisée par le programme de stabilité européen, a-t-il averti.

La Commission européenne, qui estime que le déficit de la France atteindra 2,9% cette année et 3% en 2009, a récemment adressé une mise en garde à la France, qui, par ailleurs, prend le 1er juillet la tête de la présidence de l'UE.

De son côté, le gouvernement maintient son objectif d'un déficit public à 2,5% en 2008 et 2% l'an prochain, pour un "déficit zéro" dès 2012.

Mais pour la Cour des Comptes, "les perspectives pour 2008 et 2009 ne sont guère encourageantes".

La réduction du déficit prévue par le gouvernement proviendrait en effet d'une baisse de moitié des dépenses des collectivités locales. "Mais il s'agit d'une hypothèse incertaine pour ne pas dire davantage, vu leur évolution de ces dernières années (+6,5% pour la seule année 2007)", prévient M. Séguin.

La prévision du gouvernement suppose en outre des rentrées fiscales conformes aux évaluations de la loi de finances initiale. Or le budget a été bâti sur une hypothèse de croissance de 2,25% alors que le gouvernement a dû réviser ses ambitions à la baisse (entre 1,7 et 2%) en raison de la crise financière internationale.

Sans mesures structurelles supplémentaires pour freiner fortement les dépenses publiques, la Cour estime que la France ne parviendra pas à redresser la barre dans les délais.

Et tout en saluant les efforts de réforme de l'Etat engagés par la RGPP, elle souligne que l'économie nette déjà prévue à ce titre (6 milliards d'euros d'ici 2012) paraît bien maigre alors qu'il en faudrait 46 pour respecter le programme de stabilité européen.

"Il faut aller beaucoup plus loin", a conclu M. Séguin.

05/09/08

 

VIOLENCE !!!

HYPERACTIVITAIRE !!!!

 

 

 

 

 

 07/09/08

Hervé Morin sur Canal+.
Il a par ailleurs condamné implicitement à nouveau la publication par l'hebdomadaire Paris Match de photos de taliban exhibant l'équipement de soldats français tués.
"J'en appelle à l'unité du pays dans la lutte contre le terrorisme, (...) dans la lutte pour les droits de l'homme", a-t-il dit. "Les taliban c'est un régime moyenâgeux, qui niait tout droit aux femmes, qui coupait les phalanges des petites filles qui avaient le malheur de se mettre du vernis à ongles (...) J'en appelle aussi à l'unité du pays pour nos soldats et notre armée"

09/09/08

Les débats de l'Obs
Faut-il brûler François Furet ?
Le responsable socialiste publie un essai qui conteste radicalement les thèses de notre ami François Furet sur la Révolution française et entend rompre avec les «préjugés» qui l'auraient nourri. Un disciple du grand historien réplique par Vincent Peillon et Philippe Raynaud

Le Nouvel Observateur. - Votre livre «La Révolution française n'est pas terminée» renvoie d'emblée à François Furet et à son oeuvre. Proposez-vous une contestation radicale de ses thèses sur la Révolution ?
Vincent Peillon. - Il appartient à chaque génération d'écrire son récit historique et de s'engendrer ainsi elle- même dans son présent. Mon sentiment est que notre génération ne l'a toujours pas fait. Nous sommes en panne. Le récit historique dominant qui est encore le nôtre est un récit qui nous empêche d'accéder à notre présent, qui fait écran. Il en est d'un pays comme d'une personne. Un récit lacunaire, tronqué ou illusoire engendre un malaise, une impuissance, une pathologie, une crise d'identité, une incapacité à s'engager dans l'avenir. Notre crise nationale est d'abord une crise de la mémoire. C'est pourquoi ma conviction est que nous ne pourrons sortir de cette crise que par l'écriture d'un nouveau récit. Cela ne suffira pas, mais c'est le commencement nécessaire. C'est ce que je propose dans ce livre, en assumant directement la polémique avec les figures tutélaires qui ont construit ce grand récit-écran, au premier desquelles François Furet. Il a écrit notre récit national autour d'une série d'oppositions : liberté/égalité, catholicisme/protestantisme, individu/Etat, IIe République/IIIe République, bonne Révolution de 1789/mauvaise Révolution de 1793, libéralisme/socialisme. Je conteste à la fois sa lecture historique, les fondements philosophiques sur lesquels elle s'appuie et les conséquences politiques qu'il en tire. Cela étant, je montre le lien de cette oeuvre à l'historiographie marxiste et à la lecture de Claude Nicolet, qui est pour moi l'autre grande figure tutélaire. Sous leurs apparentes divergences, j'établis la disposition commune qui les réunit et que nous devons dépasser.

Philippe Raynaud. - Je ne crois pas que l'on puisse présenter François Furet comme un historien militant. Dans ses différents ouvrages sur la Révolution, il y a des évolutions. Ce que je vous accorde volontiers, c'est que ce sont toujours des récits situés par rapport à un contexte d'argumentation. Mais c'est le cas de tout livre, le vôtre y compris. Le premier livre qu'il a écrit, avec Denis Richet, parle en effet des thèses dominantes de l'historiographie disons jacobino-communiste telle que Soboul et ses élèves pouvaient la défendre, et il s'attachait à montrer que, pour ce qui concerne l'oeuvre historique essentielle de la Révolution française, c'était plutôt de 1789 que nous étions les héritiers que de 1793. Puis il y a eu trois autres livres, dont le plus significatif, me semble-t-il, celui d'ailleurs que vous citez le moins, est le «Dictionnaire critique de la Révolution française». Vous avez choisi un titre qui est évidemment une allusion à une formule de François Furet, «la Révolution française est terminée». Mais je me permets de remarquer que la négation que vous faites n'est pas la négation de ce qu'il dit. La formule n'a pas le même sens chez vous et chez lui. Furet veut dire : la Révolution est terminée en ce sens qu'elle n'est plus un enjeu majeur dans les années 1980, qu'il n'y a plus de forces contre- révolutionnaires, que le répertoire révolutionnaire n'est plus celui de la politique française. Ce qu'il dit aussi, c'est que la Révolution française est un processus qui a duré presque un siècle et qui, commencé en 1789, ne s'est achevé qu'avec la IIIe République. Tous les grands républicains de la IIIe République, y compris Clemenceau, pensent que l'avènement de la République a clos l'ère des révolutions, et en ce sens sont d'accord avec Furet pour dire que la Révolution est en tant que telle terminée. Je crois donc que votre livre ne discute pas les thèses de Furet.

V. Peillon. - Si dire que la Révolution est terminée c'est dire qu'il n'y aura plus de coups de force, de violences, il n'y a en effet pas débat. Mais c'est réduire la position de Furet et la dénaturer jusqu'à l'insignifiance. Furet dit en réalité beaucoup plus ! Il dit que les effets du complexe philosophique et historique ouvert par la Révolution sont épuisés. C'est la fin de l'exception française. C'est le républicanisme n'existant plus que comme nostalgie ! Position que Furet assume et défend ! A l'inverse, je soutiens que le régime d'historicité, d'idéalité, d'organisation du théologico-politique, d'articulation liberté-égalité, ouvert par la Révolution, n'a pas fini de produire ses effets; d'ailleurs, depuis les travaux de Furet, de nouvelles interprétations, qui contestent les siennes, se font jour, donc la Révolution comme avènement, comme matrice de sens se continue. Vous dites qu'il n'y a plus de contre-révolutionnaires : je soutiens que cette thèse est déjà une thèse contre-révolutionnaire ! Dire qu'il n'y a plus de réactionnaires, de conservateurs, de rétrogrades, c'est déjà céder à leurs sirènes ! Je soutiens que l'idéologie aujourd'hui dominante est contre-révolutionnaire en partie, et que c'est là que se joue la bataille idéologique, en particulier sur l'idée que la demande d'égalité contrarie l'émancipation individuelle. Je conteste aussi précisément cette séparation entre 1789 et 1793 que vous évoquez. J'ajoute que la lecture de 1793 à travers 1917, ce qui est le prisme de Furet, le concept de jacobino-stalinisme, est inopérant historiquement ! Et que c'est un héritage non élucidé de l'historiographie communiste ! Les grands hommes politiques républicains de la IIIe sont, dites-vous, du côté de Furet : pas du tout ! Ni Bourgeois, ni Clemenceau, ni Jaurès, ni Buisson, encore moins Blanc, Hugo et Quinet : ils veulent poursuivre la Révolution, faire entrer ses principes dans le réel, et ils pensent que c'est là une tâche interminable.
N. O. - Une des thèses du livre, c'est qu'il y a une sorte de continent oublié ou incompris dans l'histoire de la République française, plus précisément encore dans celle de la gauche française : celui des républicains et des socialistes de 1848, qui avaient élaboré un mode de pensée spécifique permettant d'échapper à l'alternative dominante entre Marx et Tocqueville, de dépasser les dualismes que vous évoquiez...
V. Peillon. - Nous sommes là au coeur ! Au mépris de Tocqueville, dans ses «Souvenirs», à celui de Marx, dans «les Luttes des classes en France», répond celui de François Furet, qui ne voit dans 1848 qu'une répétition mièvre de la Grande Révolution et un échec politique et social ! Cette convergence dans le mépris est l'indice d'un symptôme et est un des éléments structurants de la disposition commune dont je parlais en commençant ! Un scénario se met en place autour de l'idée que, pour accoucher de la IIIe République, il a fallu rompre avec la IIe. Cette thèse oblige, pour être soutenue, à des inexactitudes profondes ! Exemples : faire passer Louis Blanc pour un jacobino-papiste et un anti-protestant, ou considérer que Quinet n'a influencé Ferry que par sa critique de la Terreur et non par sa recherche d'une religion laïque adaptée à un régime de liberté ! Et ses conséquences sont lourdes : erreur sur la nature de la République française, qui cherche à dépasser le dualisme de la liberté et de l'égalité par un troisième terme, la fraternité ou la solidarité ou l'association; soustraction de toute la problématique essentielle du spirituel républicain pour réduire la République à un plat positivisme; institutionnalisation de l'amnésie nationale ! Cela permet au passage de liquider le socialisme républicain. Avec ce récit historique, il est difficile d'expliquer Jaurès, qui revendique à la fois que le socialisme est un individualisme, établit ses origines luthériennes et affirme sa dimension religieuse puisqu'il en fait la réalisation, y compris par la laïcité, de ce qu'il y a de proprement religieux dans les religions !
P. Raynaud. - On peut avoir des jugements divers sur 1848, mais on n'a pas attendu aujourd'hui pour trouver que c'est un beau moment de la Révolution française, comme l'a fait Maurice Agulhon, que vous ne citez guère.
V. Peillon. - Si, et je lui rends hommage...
P. Raynaud. - Pour ce qui est de Furet, le texte que vous citez, extrait de la préface du «Siècle de l'avènement républicain», discute du bilan politique de 1848. Or on peut avoir de la sympathie intellectuelle pour les socialistes et les républicains de 1848 et reconnaître que leur bilan politique est maigre, et même lourd : l'écrasement des prolétaires dans les journées de juin 1848, le coup d'Etat du 2 Décembre. Furet ne fait pas l'histoire des idées de 1848, mais l'histoire politique de 1848, une histoire tragique qui se termine de manière tragique. Quant à l'influence de la IIe République tout au long de l'histoire de la IIIe, cela vous amène à discuter un livre que Furet n'a jamais écrit puisqu'il s'arrête en 1880. Cela fait une curieuse argumentation. Parfois vous opposez à Furet ses propres thèses, comme lorsque vous affirmez l'importance de la Révolution française, ce qui est précisément ce qu'il dit; parfois vous discutez de réponses à des questions que Furet ne se pose pas, comme celles concernant les théories de 1848, et maintenant vous discutez d'un livre qu'il n'a jamais écrit !
V. Peillon. - Et son livre sur Quinet, qui ne garde que la critique de la Terreur comme matrice de la IIIe République et évacue toute la problématique religieuse ?
P. Raynaud. - Furet n'attache pas effectivement une importance décisive aux thèses religieuses de Quinet, et je crois qu'il a raison ! Quinet est un très bon auteur, mais dont les thèses sur cette question me paraissent tout à fait brumeuses : il n'est pas évident que, pour éviter la Terreur, il aurait fallu recommencer les guerres de Religion !
V. Peillon. - Brumeuses ? Mais ce sont ces thèses qui ont conduit à la laïcité, à la séparation des Eglises et de l'Etat. C'est pourquoi Ferry et Buisson ont toujours conservé comme leur ouvrage de référence «l'Enseignement du peuple», dans lequel Quinet établit, pour des raisons religieuses (le catholicisme comme religion de servitude, l'impossibilité d'acclimater le protestantisme en France), la nécessité de cette séparation.
N. O. - On voit bien votre divergence. Mais si on accepte que cette critique de Furet n'est pas pertinente en ce qu'elle lui pose des questions qui ne sont pas celles qu'il traite, comment expliquer, à votre avis, ce désintérêt de Furet pour ces questions, et donc les choix qu'il opère dans sa restitution historique ?
V. Peillon. - François Furet vient du marxisme, et son but est de nous délivrer de l'historiographie marxiste, celle de Mathiez et de Soboul. C'était une tâche utile et nécessaire. Mais, comme souvent dans ces cas-là, il partage avec ceux qu'il critique des présupposés. Furet a accompli sa tâche historique. Mais c'était une tâche critique. Et le fait est qu'il ne nous a pas donné les instruments pour construire du positif et aborder notre temps. Plus profondément, son récit conforte cette exception française qui est l'écart considérable entre nos pratiques politiques et les instruments théoriques dont nous disposons pour les penser. Cet écart n'existe nulle part ailleurs avec une telle puissance. Ce n'est pas avec Marx et Tocqueville que vous pourrez penser la spécificité du modèle politique et social français. On méconnaît par contre ceux qui ont été les théoriciens et les artisans de notre réalité politique : les lois sociales, les lois sur les libertés (association, presse, syndicat), le mouvement coopératif, l'école et la laïcité, l'Etat-providence, les services publics doivent plus tout de même à Alfred Fouillée, Léon Bourgeois, Edgar Quinet, Ferdinand Buisson, Jean Jaurès, Léon Duguit, Charles Gide qu'à Marx et Tocqueville !
P. Raynaud. - S'il s'agit de relire ces auteurs, je trouve cela très bien, de la même façon que la tentative qui est la vôtre pour nous faire redécouvrir, en tout cas à la gauche française, une libre-pensée spiritualiste ou religieuse. Mais la question me semble être bien plutôt de savoir si les questions du présent peuvent être pensées dans les termes de leur époque. S'il s'agit, par exemple, de dire qu'il n'est pas très sage de supprimer totalement l'impôt sur les successions ou qu'il ne faut pas stabiliser les inégalités, je signe des deux mains, mais cela ne me semble pas être une question d'opposition philosophique entre libéralisme et République. Je ne crois pas que ce soit un débat entre libéralisme et République, pas même entre libéralisme et socialisme ! Ce qui me gêne par ailleurs, c'est que ce qu'on appelle le républicanisme se construit par opposition au libéralisme, et donc, en France, nous re conduit à de faux débats.
V. Peillon. - Pas du tout. Mon deuxième chapitre s'intitule la «République libérale» et conteste la thèse d'un illibéralisme des républicains français. Ce qui est vrai, c'est qu'il y a eu un premier retour au républicanisme vers les années 1980. Ce retour au républicanisme a échoué. Pourquoi ? Parce qu'il a négligé la dimension individualiste, spiritualiste, internationaliste et économique du républicanisme. En d'autres termes, ce fut un républicanisme du repli ou de la nostalgie : repli sur le cadre stato-national; confusion de l'anticléricalisme et de l'antireligiosité; opposition entre vertu républicaine et jouissance libérale. C'est un républicanisme inexact, anachronique, et au final assez rebutant, qui a accordé une victoire facile à un ultralibéralisme se présentant comme le meilleur défenseur de l'internationalisme, de la production des richesses, des libertés individuelles. Je soutiens qu'il y a une autre doctrine républicaine, qui se préoccupe de la production des richesses, qui est pour l'émancipation des personnes, qui est ouverte sur le monde, qui fait place à l'aspiration religieuse. C est en reprenant cette doctrine que nous pourrons engager la bataille idéologique et reconstruire une pensée progressiste en France. Il faut refaire droit, au nom des libertés, à la demande d'égalité, et montrer que celle-ci porte avec elle une doctrine efficace de la production des richesses et de l'émancipation individuelle. Ce sera la seule façon de lutter contre la doctrine dominante à droite aujourd'hui, une droite qui revendique d'ailleurs son hégémonie idéologique, qui consiste à faire croire que toute recherche de l'égalité (dissolution des héritages, impôt progressif, garanties collectives contre les risques et le hasard, égalité réelle des chances) est oppressive des libertés et antiéconomique ! Ce qui permet de liquider le pacte républicain au nom même des valeurs républicaines !
N. O.- Pour conclure, Philippe Raynaud, vous demeurez sceptique sur la façon dont Vincent Peillon reprend l'histoire républicaine pour reconstruire une pensée progressiste...
P. Raynaud. - Ce n'est pas tellement que je suis sceptique, c'est que je pense autre chose. D'abord sur Tocqueville et Marx; il est vrai dans une certaine mesure qu'ils n'ont pas modelé notre histoire ou qu'ils ont peu inspiré la politique française, mais cela ne veut pas dire qu'ils ne sont pas intéressants pour la comprendre. Je ne crois pas non plus que notre histoire commence en 1789 : l'amnésie ne concerne pas que l'héritage républicain, elle est beaucoup plus globale et elle touche toute l'histoire de France. Je suis d'accord pour considérer que, dans ce contexte, la façon dont Sarkozy aborde certaines questions peut produire un certain nombre d'effets fâcheux, mais je ne crois pas que les socialistes soient les seuls héritiers naturels de la République, ni que le retour à cet héritage suffise à nous sauver...
V. Peillon. - La fin de la Révolution proposée par François Furet est le symétrique de la société sans classes. Ce n'est qu'un dogme. Il nous appartient de le renverser pour reprendre notre marche en avant. Nous vivons un moment d'abaissement national. Je le crois en partie lié à la méconnaissance de notre histoire et de ses principes. Je sais que cela peut sembler loin des préoccupations du jour, mais c'est une erreur. Tous ceux qui ont prétendu ou prétendent encore pouvoir faire l'économie de cette refondation et de cette bataille idéologique participent de cet abaissement. Philosophie, histoire et politique sont, depuis la Révolution française, inséparables. C'est pourquoi ce long détour par notre mémoire est peut-être le plus court chemin vers notre avenir. Lorsque Mendès France rejoint le socialisme, Merleau-Ponty écrit un texte où il soutient que la seule survie politique possible, par-delà l'horreur communiste et la mystification libérale, se jouera sur la ligne du socialisme réformiste. Survivre politiquement, tel est l'enjeu.

 
Vincent Peillon

Député européen depuis 2004, Vincent Peillon a été porte-parole national du Parti socialiste, puis de Ségolène Royal en 2007. Il est agrégé de philosophie et dirige la Fondation Edgar-Quinet. Il publie cette semaine au Seuil «La Révolution française n'est pas terminée».

 
Philippe Raynaud

Philosophe, professeur de sciences politiques à l'université de Paris-II, Philippe Raynaud a notamment publié «Max Weber et les dilemmes de la raison moderne» (PUF) et «l'Extrême-gauche plurielle» (Editions Autrement).

 
11 septembre 2008

 

 

 

Je voudrais juste noter le fait qu'aujourd'hui, une EN!EME émission de télévision sur les people, leur luxe, leur fête, m'a cassé les couilles au point que j'ai renoncé à me disputer avec madame pour changer de programme, et ne plus subir ce matraquage. Soudain fatigué de lutter en esprit, fatigué de m'indigner, énervé d'être fatigué, j'ai foutu le camp m'isoler dans la chambre me reposer les nerfs.

Et tout ça est censé faire de l'audience, attirer la convoitise de monsieur-madame tout le monde pour une vie qui s'extrait des difficultés, légitimer les choix de programmation d'une chaîne, assurer la propagande réitérée d'un mode de vie basé sur l'enrichissement désinvolte personnel. Super modèle, super mécanique de la destruction sociale.

Le plus fort, c'est qu'il s'est même trouvé un Henri-Jean Servat pour justement légitimer socialement l'importance historique du lieu ( St-Trop') en évoquant son rôle dans l'acceptation par la société de la nudité, des rapports amoureux décoincés, et de l'amour homosexuel. Et il n'a à priori pas tort :)

Le mélange dans ma tête de ce qui se trouve dans ces deux précédents paragraphes m'a soulevé les nerfs... la goutte d'eau peut-être.

Ça m'a fait penser à Eric Raoult qui ne trouvait vraiment rien à redire au rapport Edvige, qui le justifiait par une belle rhétorique, et qu'il m'a fallu un certain temps pour contrer en esprit. L'aisance à justifier n'importe quoi m'éblouit, me dépasse. Et pourtant croyez-moi, je ne suis pas le dernier à avoir une culture, à lire des bouquins, à réfléchir, à avoir connu l'avant ère médiatique...

Mais je suis dépassé... en force, en nombre, en intellect... Alors je n'ose imaginer les millions de gens du pays, et les milliards d'ailleurs, qui n'ont pas le temps, qui n'ont pas connu autre chose que ce genre de matraquage, et qui ont trop de soucis pour lutter autrement que par des actes plus ou moins énervés, dans le noir de leur aveuglement...

 

 

28 septembre 2008

Les 8 mensonges de Nicolas Sarkozy

Disculper le capitalisme et l’économie de marché pour justifier l’accélération des réformes libérales, tel était le sens du discours prononcé jeudi soir, à Toulon, par le chef de l’État. Retour sur une mystification.

1 - « L’État est de retour »

Certains commentateurs n’ont pas hésité à saluer, au lendemain de son meeting à Toulon, le « volontarisme » de Nicolas Sarkozy face à l’ébranlement du système financier et économique mondial. Le discours du chef de l’État fut pourtant tout entier guidé par l’objectif libéral d’un État minimal qui fonde sa politique.

Son plaidoyer initial en faveur de « régulations » et d’un « nouveau rapport » entre le politique et l’économie fut aussitôt contredit par l’énumération de mesures pour un État allégé : poursuite de la révision générale des politiques publiques (RGPP), annonce de l’ouverture, dès janvier, du « grand chantier de la réforme de nos administrations locales », démantèlement des administrations et des services publics sous couvert de « réorganisation ». Tout cela signifie, estime le syndicat FO, « moins de présence de l’État (…) et le détricotage de la République ». Commentant le propos du chef de l’État selon lequel « l’idée de la toute-puissance du marché (…) était une folie », l’eurodéputé socialiste Benoît Hamon fait mine de s’interroger : « Qui sont donc ces fous qui organisent dans tous les domaines les reculs de l’État ? »

2 - « Pas de plan de rigueur »

« Dans la situation où se trouve l’économie, je ne conduirai pas une politique d’austérité qui aggraverait la récession », a lancé sans ciller Nicolas Sarkozy. Avant de citer, avec le même aplomb, à la veille de la présentation du budget 2009 en Conseil des ministres, tous les ingrédients du parfait plan de rigueur. Cible première des « économies » que le chef de l’État compte réaliser pour combler un déficit de 49 milliards d’euros : les politiques publiques et les budgets sociaux. En revanche, pas question, a-t-il prévenu, de toucher aux 32 milliards d’euros d’exonérations de cotisations sociales consenties aux entreprises en 2008, ni aux 15 milliards que coûte annuellement le « paquet fiscal ». « L’année prochaine, c’est un total sans précédent de 30 600 emplois qui seront supprimés dans la fonction publique », s’est félicité le chef de l’État, avant de promettre une « réforme de l’hôpital » qui permettra de « supprimer les dépenses inutiles » et une mise au pas des fonctionnaires, sommés de réaliser des « gains de productivité ». Le contempteur des « dogmes » s’est montré très discipliné sur celui de réduction des dépenses publiques, dogme figé par le Pacte européen de stabilité. Enfin, la réforme de la taxe professionnelle, qui mettra au régime sec des collectivités territoriales déjà étranglées financièrement, « ne sera pas différée ». « Le président tire aujourd’hui prétexte de la crise économique pour justifier l’accélération d’une politique d’austérité », a commenté Michel Sapin, secrétaire national du PS à l’économie.

3 - « La politique monétaire sous contrôle »

Nicolas Sarkozy s’est glissé sans complexe, jeudi soir, dans le costume de gouverneur de la Banque centrale européenne. Pour se poser en pilote d’une politique monétaire dont il défendit pourtant, lors du référendum sur le traité de Maastricht, le transfert à Francfort. « Il faudra imposer aux banques de financer le développement économique plutôt que la spéculation », a-t-il affirmé, sans préciser les instruments d’une telle réorientation. « Quoi qu’il arrive, l’État garantira la sécurité et la continuité du système bancaire français », a assuré le président en envisageant d’éventuels apports de l’État en capital. « Si les difficultés devaient entraîner une restriction du crédit qui priverait les Français et les entreprises (…) des moyens de financer leurs investissements ou d’assurer leur trésorerie, l’État interviendrait pour que ces financements puissent être assurés », a-t-il assuré. Autant de promesses en contradiction totale avec le carcan d’une politique monétaire de l’UE dédiée à la seule « stabilité des prix », et avec une réglementation européenne de la concurrence qu’il a toujours défendue.

4 - « Le dogme européen de la concurrence visé »

« L’Europe doit engager une réflexion collective sur sa doctrine de la concurrence, sur les instruments de sa politique économique, sur les objectifs assignés à la politique monétaire », a plaidé le président. Le même, pourtant, a apposé sa signature au bas du traité de Lisbonne qui recycle le projet de constitution européenne et sa pierre angulaire, le principe de « concurrence libre et non faussée ». Un texte qui consacre, au nom de ce principe, les politiques européennes de déréglementation, de dérégulatation et de démantèlement des services publics. Ce texte, dont Nicolas Sarkozy revendique la paternité, consacre également la toute-puissance et l’indépendance de la BCE, ainsi que sa mission : la conduite d’une politique monétaire qui inflige aux Européens, au nom de la lutte contre l’inflation, un blocage des salaires préjudiciable à la croissance de la zone euro. Enfin, ce texte, qui interdit toute restriction aux mouvements de capitaux, condamne par avance les promesses de Nicolas Sarkozy sur un éventuel contrôle des « paradis fiscaux ».

5 - « Le pouvoir d’achat sera protégé »

Contre l’évidence, Nicolas Sarkozy continue de s’afficher en « président du pouvoir d’achat ». « Je n’accepterai pas les hausses des impôts et des taxes qui réduiraient le pouvoir d’achat des Français. Mon objectif est de rendre du pouvoir d’achat aux Français, non de leur en prendre », a-t-il déclaré. Avant de justifier la création d’une taxe dont les plus riches sont exonérés grâce au bouclier fiscal pour financer le RSA, ou encore l’instauration de « taxes vertes » pesant davantage sur les citoyens que sur les industriels. « Dans un monde de la rareté, il va falloir payer plus cher le pétrole, le gaz, les matières premières », a-t-il prévenu. Manière de disculper au passage les compagnies pétrolières aux bénéfices colossaux et les spéculateurs qui ont fait flamber le prix des matières premières agricoles. « Les salariés apprécieront : pour les spéculateurs, un discours sur l’éthique en défense du capitalisme ; pour les salariés, les sueurs et les larmes », a réagi FO.

6 - « Pour gagner plus, travailler plus »

Le renouvellement des promesses de campagne sur l’encadrement des parachutes dorés masque mal l’austérité salariale voulue par Nicolas Sarkozy. Le chef de l’État, qui compte encourager l’intéressement et généraliser les stock-options, juge que « tout ce qui contribuerait à alourdir le coût du travail serait suicidaire ». « Réduire les exonérations de charges sur les salaires, ce ne serait pas reprendre un cadeau aux entreprises, ce serait contribuer à détruire l’emploi au moment même où le ralentissement de la croissance fait repartir le chômage à la hausse », a-t-il insisté. Puis le président a entonné, de nouveau, le refrain usé de sa campagne présidentielle : « La France s’en sortira non en travaillant moins mais en travaillant plus », a-t-il répété. Ce qui laisse « sceptique » la CFE-CGC, dont le président, Bernard Van Craeynest, ironise sur le « travailler plus sans forcément gagner beaucoup plus ». « Les entreprises obtiennent de nouveaux cadeaux fiscaux », alors qu’une « fin de non-recevoir » a été opposée aux revendications salariales, a dénoncé, de son côté, le secrétaire général de la CGT, Bernard Thibault.

7 - « Les réformes libérales comme remède »

Le tremblement de terre dans la finance va « changer » le monde, mais pas la politique de contre-réformes libérales conduite par le gouvernement, a prévenu Nicolas Sarkozy. Selon lui, « la crise appelle à accélérer le rythme des réformes, en aucun cas à l’arrêter ou à le ralentir ». Pas question, donc, de renoncer à déréglementer tous azimuts, à « flexibiliser » les salariés en mettant en pièces le Code du travail, à démanteler les protections sociales et les services publics, à refonder la fiscalité au profit des privilégiés. Une attitude de « chauffard », s’est indigné le PCF. « Président de la République depuis dix-huit mois, M. Sarkozy ne peut plus longtemps se dédouaner de l’échec de la politique économique et sociale qu’il a insufflée », a réagi le PS. Il cherche à « appliquer une stratégie de choc », analyse de son côté ATTAC, et à « profiter de la crise pour aller plus loin et plus vite dans les réformes néolibérales ».

8 - « Le capitalisme n’est pas en cause »

Là se situe sans doute le plus magistral boniment du chef de l’État. Lequel, après avoir dressé un réquisitoire sans appel contre les « dérives » du capitalisme financier, a assuré que ni l’économie de marché ni le système capitaliste en tant que tels n’étaient en cause. Il a pour cela tenté d’opérer une césure entre un capitalisme industriel supposé vertueux et un capitalisme financier coupable de tous les maux. Une distinction jugée irrecevable par certains de ses détracteurs. Selon FO, « l’affirmation que cette crise ne serait pas celle du capitalisme mais d’un système financier peut laisser perplexe ». « Il n’y a qu’un capitalisme, lorsque Renault licencie, c’est au nom d’une rentabilité financière », fait aussi remarquer Bernard Thibault. Même analyse pour le PCF, qui met en cause « la recherche du profit, son accumulation et la spéculation (qui) fondent » ce système. Pour le sénateur socialiste Jean Luc Mélenchon, c’est « le système capitaliste lui-même (..) qui doit être dépassé pour sortir de la crise économique et écologique ». Une analyse plutôt iconoclaste au sein de son parti : le PS, adepte de « l’économie sociale de marché » et d’un « capitalisme régulé », se contente d’appeler le chef de l’État à « cesser les beaux discours » et à « agir pour amortir les effets de la crise ».

Rosa Moussaoui