Parce que ça faisait longtemps... :) : http://hebdo.nouvelobs.com/hebdo/parution/p2286/articles/a381786-.html

 Un petit extrait, si ça disparait un jour... :

Nouvel Observateur - Une des thèses du livre, c'est qu'il y a une sorte de continent oublié ou incompris dans l'histoire de la République française, plus précisément encore dans celle de la gauche française : celui des républicains et des socialistes de 1848, qui avaient élaboré un mode de pensée spécifique permettant d'échapper à l'alternative dominante entre Marx et Tocqueville, de dépasser les dualismes que vous évoquiez...
Vincent Peillon. - Nous sommes là au coeur ! Au mépris de Tocqueville, dans ses «Souvenirs», à celui de Marx, dans «les Luttes des classes en France», répond celui de François Furet, qui ne voit dans 1848 qu'une répétition mièvre de la Grande Révolution et un échec politique et social ! Cette convergence dans le mépris est l'indice d'un symptôme et est un des éléments structurants de la disposition commune dont je parlais en commençant ! Un scénario se met en place autour de l'idée que, pour accoucher de la IIIe République, il a fallu rompre avec la IIe. Cette thèse oblige, pour être soutenue, à des inexactitudes profondes ! Exemples : faire passer Louis Blanc pour un jacobino-papiste et un anti-protestant, ou considérer que Quinet n'a influencé Ferry que par sa critique de la Terreur et non par sa recherche d'une religion laïque adaptée à un régime de liberté ! Et ses conséquences sont lourdes : erreur sur la nature de la République française, qui cherche à dépasser le dualisme de la liberté et de l'égalité par un troisième terme, la fraternité ou la solidarité ou l'association; soustraction de toute la problématique essentielle du spirituel républicain pour réduire la République à un plat positivisme; institutionnalisation de l'amnésie nationale ! Cela permet au passage de liquider le socialisme républicain. Avec ce récit historique, il est difficile d'expliquer Jaurès, qui revendique à la fois que le socialisme est un individualisme, établit ses origines luthériennes et affirme sa dimension religieuse puisqu'il en fait la réalisation, y compris par la laïcité, de ce qu'il y a de proprement religieux dans les religions !