Des douleurs de l'âme... là il  y a du sujet...

J'ai 36 ans. Je suis sensibilisé au problème des douleurs des âmes depuis mes 17 ans, ayant été touché moi-même. Je suis un cas un peu paradoxal parce que je n'ai aucune raison d'avoir été touché par cela. Mon contexte familial et économique a été d'une stabilité absolue jusqu'à mes 17 ans.

A partir de là, des douleurs anciennes, datant des 14-15 ans, ont commencé a être assez fortes pour être socialement incapacitantes. A 14-15 ans, j'avais vécu une sorte de rupture sociale assez complète : filles, famille, école. Cette rupture plonge ses origines dans des choses anodines, trop longues, trop subtiles pour être racontées. Et ce n'est pas mon sujet.

Mon sujet c'est la douleur des autres.

Quand j'ai commencé à blogguer, il y a 3-4 ans, internet et le blogging sont apparus comme un immense réservoir à douleurs, nombreuses et variées : solitude, maladies mentales, maladies corporelles graves, handicaps, chomage, phobies diverses, états dépressifs voire envies suicidaires, anorexie-boulimie, viols, incestes, drogues, désarrois métaphysiques, auto-mutilations, deuils mal vécus, prostitution occasionnelle, ressources humaines pour sectes et autres charlataneries, sans oublier  les inévitables problèmes conjugaux, pour ne citer que les plus fréquents qui me reviennent à l'esprit. Les problèmes d'argent m'ont semblé plus rarement évoqués.  Ce sont surtout les conséquences psychologiques qui étaient mises en avant. On raillait internet pour ça, pour cette part humaine obscure, indistinctement mêlée au mercantilisme du net, et rendue incommensurable de par le côté trans-frontière du réseau des réseaux. La mort et la cupidité sont une association qui avait et a une image qui les rend infréquentables, qui les décribilise d'avance quant à leur sérieux et à leur "gérabilité".

Un facteur aggravant est que ces douleurs se retrouvaient cloitrées entre elles. Elles s'ajoutaient les unes aux autres. Et quand un suicidaire se met à parler à communiquer avec un drogué, les douleurs se parlent sans doute, mais il est peu probable qu'ils arrivent à se relever l'un l'autre...

Etant bloggueur, et d'un naturel probablement prompt à être sensible aux peines humaines, et ce trait ayant été accentué par ma propre trajectoire, je me suis mis à répondre aux peines exprimées dans les notes.

Je sais qu'avant de commettre des actes irréversibles, l'ayant fait moi-même, on émet des signes d'alerte, comme des "mayday ! mayday !" de bateau qui coule. Alors j'ai fait le contraire de la renommée internautique : j'ai pris tous ces mots très au sérieux. Je les ai pris comme des douleurs réelles, importantes, fortes. Je me suis dit aussi que la dignité des personnes ne les obligeait en rien à s'épancher comme ça, et donc que ce ou ces problèmes dont ils faisaient part les rendaient véritablement inaptes à vivre une vie pleine et entière, comme on peut le faire quand on ne souffre pas. Autrement dit, tout cela était pour moi très sérieux, très légitime, et très humain finalement.

J'ai passé des heures et des heures et des heures à lire, comprendre, analyser, approfondir, répondre à tous ces problèmes. Je ne cherche pas de fleurs, je cherche juste à faire partager tout ce vécu, et à mettre en évidence ce côté récurrent du net.

Une chose très dure arrive à tout ceux qui se confient ainsi sur le net : à un moment donné, personne ne répond. Ça arrive tout le temps. C'est aussi un côté récurrent du net : le silence.

On peut donc associer les deux récurrences et voir le net comme un immense égout des douleurs humaines qui finit par se jeter dans le vide... C'est aussi terrifiant que révoltant.

Cette douleur est sans fin, bien sur. Ce qui me chagrine beaucoup, c'est le manque "d'écoutants". C'est le manque de réponses. Et à la rigueur, ça s'explique : on ne voit pas pourquoi quelqu'un qui irait bien se retrouverait dans ces confessionnaux modernes. Il faut un intérêt, promotionnel, artistique, narcissique, pour être là quand on va bien. Mais tout ça n'est pas de l'écoute... ( on dirait un schéma du monde "incommunicationnel" moderne )

Il y a tellement à répondre, pour soutenir tout le monde chaque jour, que pour qui voudrait s'y consacrer en permanence, il pourrait remplir sa journée sans problèmes. Il en deviendrait même fou. Au bout d'un moment qui plus est, il se rendrait compte qu'il dit tout le temps la même chose.

Il y a des phrases de réconfort qui reviennent constamment, parce qu'elles sont justes, et fortes.

Comme celle qui consiste à dire à quelqu'un qui culpabilise jusqu'à se haïr pour telle ou telle faiblesse, que s'il était vraiment touché définitivement, il ne se soucierait pas de son problème. Et qu'il y a donc encore un peu de positif en lui. Et le fait d'en prendre conscience le revalorise un peu, et ce à juste titre.

Une autre phrase que je dis souvent vient du fait qu'avant d'arriver jusqu'à mes yeux, la personne a déjà un long parcours personnel. Elle a déjà beaucoup lutté. C'est donc la preuve d'une force morale déjà présente. Ce cheminement et cette force justifient donc qu'il est possible de continuer le combat, car il serait bête d'abandonner sans avoir vaincu, après tous les efforts déjà engagés.

Une autre constante d'ailleurs, est que le problème est rarement complètement soluble. Comme si chaque problème était lui-même infini. C'est souvent le cas en ce qui concerne tous les problèmes psychologiques : ils évoluent constamment, se transforment, avec des rechutes et des améliorations qui s'alternent, pour finir, si le contexte lâche un peu les mâchoires sur sa proie, par devenir assez vivables, voire même source de bienfaits à force de réélaboration positive...

 Je parle aussi souvent de la résilience. C'est cette capacité à endurer les difficultés. C'est une théorie psychologique mise en avant par le psychologue Boris Cyrulnik. La résilience met en avant divers facteurs permettant de se relever des accidents de l'existence, comme l'amitié, ou la culture/connaissance, ou la pratique d'un loisir.