Pris ici : http://www.melchior.fr/Le-Consensus-de-Washington.3917.0.html

 

"L'expression "consensus de Washington" vise à regrouper en une formule rapide et implicitement critique les principes qui ont servi aux organisations internationales (FMI, Banque Mondiale) ainsi qu'au Gouvernement américain pour gérer la crise de la dette intérieure et extérieure des PVD durant les années 1980. La première définition extensive et académique du concept est due à John Williamson (1990)"

Le consensus de Washington est issu de la très libérale Ecole de Chicago, version économie ( il y a plusieurs écoles de Chicago )

Les 10 commandements

Dans son ouvrage de 1990, John Williamson, membre de l'IIE, a donné son interprétation du "consensus de Washington" à travers "dix commandements" qui sont un mix de mesures de stabilisation et de mesures structurelles :

1/ La discipline budgétaire

La discipline budgétaire s'impose pour éviter l'effet boule de neige de la dette, pour garantir au pays un haut niveau d'épargne nationale, pour ne pas léser les générations futures et pour maintenir la sincérité des comptes publiques qui est l'un des fondements de l'Etat de droit.

2/ La réorientation de la dépense publique

La dépense publique est souvent, dans les PVD, consacrée à d'autres buts que la croissance et les missions d'intérêt général (dépenses militaires et/ou improductives, projets d'investissement surdimensionnés offrant une très faible utilité sociale, multiplication des rentes au profit d'intérêts particuliers) ; Williamson précise bien qu'il ne s'agit pas forcément de réduire la taille des dépenses, mais de dépenser mieux.

3/ La réforme fiscale

L'objectif de la réforme fiscale est de réduire les nombreuses distorsions et de faire rentrer davantage de recettes. En effet, une particularité des PVD est que souvent les impôts ne rentrent pas dans les caisses de l'Etat alors qu'ils sont lourds. Les fiscalistes s'accordent à penser que les bons impôts se caractérisent par des bases larges et des taux faibles. Dans le Tiers-Monde c'est souvent l'inverse.

4/ La libéralisation financière

Plus controversée, l'impact de la libéralisation financière sur la croissance est plus incertain. Elle doit donc être mise en œuvre progressivement et s'accompagner d'un renforcement du contrôle prudentiel.

5/ L'adoption d'un taux de change unique et compétitif

Aujourd'hui, cela signifierait probablement une "corner solution" : soit les changes fixes, soit plus sûrement les changes flottants. Les divers régimes semi fixes ou à parité glissante ont montré toutes leurs limites dans les années 1990 et les currency board ne sont plus guère en odeur de sainteté depuis la faillite du système argentin en 2002.

6/ La libéralisation des échanges

Il y a unanimité des économistes pour promouvoir le libre-échange (voir en particulier l étude souvent citée de Sachs et Warner, 1995, ou les travaux de Paul Krugman, ou encore ceux de Jagdish Bhagwati),

7/ L'élimination des barrières à l'investissement direct étranger

Les IDE permettent d'incorporer du progrès technique et ont joué un grand rôle dans le décollage de nombreux pays d'Asie.

8/ La privatisation des entreprises publiques

Elle vise à crée un environnement économique plus concurrentiel, plus transparent, à améliorer la gestion des entreprises et à libérer les finances publiques des canards boiteux.

9/ La réforme de la réglementation des marchés pour assurer l'élimination des principales barrières à l'entrée et à la sortie

L'élimination des barrières à l'entrée à pour but d'assurer une concurrence plus vive (source de bien-être pour le consommateur, d'innovation et donc de croissance et in fine de compétitivité pour l'économie nationale).

10/ La garantie des droits de propriété

Les spécialistes du développement sont unanimes à considérer que la sécurité juridique (existence d'un cadastre, respect de la propriété physique et intellectuelle assuré par un système judiciaire impartial,…) est une condition fondamentale pour le décollage économique (voir en particulier les travaux d'Hernando de Soto). C'est aussi une condition de l'Etat de droit (cf. article 17 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789).

Ces dix préceptes constituent le fond intellectuel (non officiel) de ce qu'y a été identifié comme la "première génération" des PAS menés sous l'égide du FMI et de la Banque mondiale (en gros, les PAS des années 1980 et du tout début des années 1990). Il est manifeste que Williamson adopte une position plus modérée que celle qui sera défendue par les IFI (institutions financières internationales). Williamson répondra d'ailleurs aux nombreuses critiques formulées à l'encontre du consensus de Washington en précisant que l'utilisation qui en a été faite ne correspond pas à son projet initial.