Politiques 27/09/2010 à 14h56

Le jour où la droite a découvert qu'il n'existait pas de bouclier fiscal en Allemagne

DÉSINTOX

La majorité justifie une possible suppression du bouclier fiscal par une harmonisation avec l'Allemagne... Au prix d'un magnifique virage à 180 degrés.

Par CÉDRIC MATHIOT

  (© AFP photo AFP)

 

La communication politique pousse parfois à dire tout et son contraire. Et la majorité vient d’en donner une savoureuse illustration. Depuis quelques jours, la droite prépare le terrain pour une éventuelle suppression du bouclier fiscal, qui n’a eu de cesse d’être contesté depuis sa mise en place. Pour ne pas faire passer ce torpillage comme une reddition face aux critiques, les cadors de l’UMP invoquent en chœur un argument: le bouclier pourrait être sacrifié dans le cadre de la nécessaire harmonisation fiscale avec l’Allemagne.

Dimanche, sur Europe 1, Christine Lagarde, ministre de l'Economie, a ainsi justifié une possible suppression du dispositif: «Il faut regarder ce que font d'intelligent nos voisins. Le président de la République nous a demandé de travailler sur un projet. Le principe, c'est la convergence fiscale avec les Allemands». Le même jour, Jean-François Copé était l’invité de l’émission Dimanche soir politique. A la question «Seriez-vous favorable à la suppression du bouclier fiscal, de l’ISF et la création d’une tranche supplémentaire pour les hauts revenus?», le patron des députés UMP répond: «Ma réponse est oui, pour une raison très simple. Je préconise inlassablement un alignement de la politique économique française sur la politique économique allemande».

La cocasserie de cet argumentaire n’échappera pas aux observateurs. Car ces deux dernières années, la droite a défendu mordicus le bouclier fiscal avec comme argument massue (qui était parfaitement faux) qu’il existait un bouclier fiscal... en Allemagne. Et qu'il était donc impensable qu'il n'y en ait pas en France.

Le 5 mai 2009, à Nîmes (Gard), Sarkozy clamait: «On ne peut pas vouloir faire l’Europe et refuser le bouclier fiscal que l’Allemagne a inscrit dans sa Constitution.» Un bobard répété des dizaines de fois par le président de la République. En dépit de nombreux articles démontrant que l'affirmation était fantaisiste, elle fut reprise en boucle par les responsables de l'UMP. Le 1er avril dernier, Christian Estrosi justifiait l’existence du bouclier: «La vérité est qu’on se met au niveau de l’Allemagne qui a même inscrit dans sa Constitution ce bouclier fiscal». Quelques jours plus tard, Jean-François Copé y allait du même couplet: «Il ne faut pas perdre de vue qu'on doit rester compétitifs sur le plan fiscal. En Allemagne, il y a une forme de bouclier qui existe, puisque c’est aussi 50%. La formule est un peu différente, mais c’est le même état d’esprit.»

Six mois plus tard, pour les besoins de sa communication du moment, Copé et les autres cadors de la majorité ont donc changé leur fusil d'épaule: finalement, il n'y a pas de bouclier fiscal en Allemagne... ce qui rend urgent de réfléchir à la suppression du dispositif en France.

Comme dit Nicolas Sarkozy: «Ce qui est important, c'est de dire la vérité aux Français».