Source ici : http://www.theprivateeyes.co/poetry/ 

 

Wisdom of the Heart - Henry Miller
December 23, 2014

Translation from Henry Miller's Wisdom of the Heart, 1960

"Je crois que je dois aussi avouer que j’ai été poussé a écrire parce que c’était la seule voie qui m’était ouverte, la seule tache digne de mes pouvoirs. Honnêtement, j’avais essayé toutes les autres voies a la liberté. J’etais un échec volontaire dans le soi-disant monde de la réalité, pas un échec parce j’etais incapable. L’écriture n’étais pas une évasion, un moyen d’échapper a la réalité de tous les jours: au contraire, elle représentait un plongeon encore plus profond dans le marais - un plongeon jusqu’a la source ou les eaux étaient en renouvellement constant, ou il y avait un movement et un émoi perpétuels. Quand je prends du recul sur ma carrière, je vois une personne capable d’entreprendre presque n’importe-quelle tache, n’importe-quelle vocation. C’était ma monotonie et la stérilité des autres voies qui m’ont amené au désespoir. J’exigais un royaume dans lequel je serais maitre et esclave en meme temps: le monde de l’art est le seul tel royaume. J’y suis entré sans talent apparent, un novice complet, incapable, maladroit, muet, presque paralysé par la peur et l’appréhension. Je devais poser les briques une par une, mettre un million de mots sur la page avant d’écrire un vrai mot, un mot authentique trainé depuis mes entrailles. La facilité de la parole que je possédais était un handicap; j’avais tous les vices d’un homme éduqué. Je devais apprendre a penser, ressentir et voir d’une manière complètement nouvelle, d’une manière sans education, de ma propre manière, ce qui est la chose la plus difficile du monde. Je devais me jeter dans le courant, en sachant que j’allais probablement me noyer. La grande majorité d’artistes sont en train de s’y jeter sans bouée autour du cou, et le plus souvent, c’est la bouée qui les noie. Personne ne peut se noyer dans l’océan de la réalité qui se donne volontairement a l’experience. Tout ce qu’il y a de progrès dans la vie ne vient pas par adaptation mais par audace, par l’obéissance a l’impulsion aveugle. “Ne pas oser est fatal,” a dit René Crevel, une phrase que je n’oublierai jamais. Toute la logique de l’univers est contenue dans l’audace, c’est-a-dire, en créant a partir du support le plus mince, le plus maigre. Au début cette audace est prise pour de la volonté, mais avec le temps la volonté tombe de coté et le processus automatique prend sa place, ce qui a son tour doit être brisé ou laissé de coté, et une nouvelle certitude doit être établie qui n’a rien avoir avec le savoir, la talent, la technique ou la foi. Par l’audace, on arrive a cette mystérieuse position X de l’artiste, et c’est cet ancre que personne ne peut décrire par les mots mais qui subsiste et exsude de chaque ligne qui est écrite."