C'est la nuit caressée,

Cent vingt mille Bucéphale

Se déploient dans mes doigts;

 

 

 

Je m'écroule, animal

avec spectre, blessé

sur des jardins de toits.


 


 

C'est la nuit, je délave

Les images déversées

A des seins, au hasard

 

 

 

La ƒonction est Þercée

Et s'enfuit sans entraves

Sous les mois des regards...

 

 

 

J'ai bien une idée de ce dont ça parle. Ce pourrait être la description d'un acte sexuel, sur un toit dans un jardin. Mais ce n'était pas voulu. Comme j'écoute beaucoup de musique, certaines s'accrochent en moi et tournent en boucle, comme du markting viral sous neurosciences. Ensuite, des mots viennent, comme ils veulent. Puis je les retravaille, et la somme, ici, donne à penser à un acte sexuel, dont on ne sait s'il est solitaire ou non. 

Outre les jeux de mots et les lettres à double forme dont l'auteur affuble ses sens, dans une outrance artificielle inutile, voire pénible puisqu'elle parasite le sens essentiel et profond d'un tout petit élément du décor qui est donné à imaginer, à savoir la perte de fonction.

L'auteur est devenu suffisamment conscient pour ne voir que les seuls jeux de forme typographiques et sonores. Le plus puissant est le plus improbable : la nuance la plus fine. Le lecteur en général se fout de la poésie. Même s'il la lit, ce qui est déjà très improbable, inespéré, souhaitable (?), à moins qu'il n'y soit forcé par profession ou études, il a sans doute rarement l'idée d'entrer dans le poème pour y mettre son propre désordre. Le démonter mais en douceur. Les lettres, le sens des mots, les mots eux mêmes, la ponctuation, la syntaxe, les champs lexicaux et autres... éléments, présents ou abstraits par les universitaires, ont des... sembables, de même nature, qui leur sont très proches, d'une manière ou d'une autre. 

Or il est dans la nature d'interchanger ce qui est très proche, et l'on peut lire alors autre chose, voire transformer le poème, entièrement mais finement.

Bien sûr, l'auteur ne prévoit pas consciemment tout ce qui peut être tiré de ce qu'il a mis en forme. Il refusera peut-être même des choses, comme quand il a écrit. Mais inconsciemment, allez savoir. 

Les poèmes sont faits avec des mots, comme disait Bukowski. Ce n'est pas moi qui enverrait la rigueur par dessus-bord. Mais l'enfermement oui, parfois. Les mots sont des guides, des gardes-fous, des libérateurs par la rigueur. On a besoin de fixité pour construire. Mais y a-t-il quoi que ce soit de définitivement fixe dans la nature ? la fixité peut être une cage mortifère pour LA VIE elle-même.