La routine et la paix relatives que je vis n'ont d'égale
que la violence qui peut survenir à tout instant, avec une force épouvantable.

J'ai vu la décapitation d'un homme.

Un meurtre, par décapitation, réelle.

Je l'ai vue en format vidéo sur un téléphone portable, avec le son et l'image  aussi crades que cette courte scène, d'une dizaine de secondes à peine.

Je n'en connais pas l'origine et ne sait rien sur la scène elle-même. Elle vient sans doute du net. Probablement d'Irak, mais gardons-nous de l'a priori médiatiquement et collectivement asséné.

Je l'ai vue il y a moins d'une heure, je suis encore choqué...

Oui, même à 33 ans, même en 2005, malgré toute la violence réelle que je me suis déjà ingurgité via la télé depuis plus de 20 ans à des heures impossibles,
je me le suis pris en pleine gueule.
Il est rassurant que je sois choqué en fait, ça prouve que je ne suis pas blasé, pas indifférent...

Tout est affaires de circonstances. Celles dans lesquelles je l'ai vue, et celles de la décapitation elle-même.
Et on eût dit que les deux s'étaient alliées pour m'impressionner.
Car il y a aussi ça : la sensibilité personnelle du "spectateur".
Ceux et celles qui ont été élevés en milieu protégé sont plus sensibles que les autres... (ça semble évident. j'aime bien dire des évidences... ça protège des antagonismes extrêmes...)
Moi qui trouve un brin d'herbe  aussi fabuleux d'ancienneté que de sagesse, pensez... :)

Outre mon choc, je suis conscient que j'écris pour mon blog en ce moment, et que je vais être lu.
J'ai beaucoup de mal à écrire cette note... parler des circonstances m'amènerait dans le morbide.
Là où la joie n'existe pas. Et donc pourrait permettre à cette réalité représentée de se réaliser à nouveau...

Cela ne doit pas être.

Hier j'ai écrit que l'on tolérait ce que l'on ne peut changer.
Cette scène est advenue, je ne peux la changer.
Mais je ne la tolère pas, je l'écris, je l'expulse de moi. Thérapie.
Je ne la tolère pas et ce que je peux changer, c'est sa réapparition.
Et pour cela tairai les circonstances qui enfanteraient du morbide.
Le morbide ne passera pas par moi.

Alors je le masque là. Censure.
Je l'évoque, simplement.

Cela existe.

Et ce n'est pas banal.

C'est.

Insoutenable...

 

Amen.