Google défie l'administration Bush
Internet : Google défie l'administration Bush Google refuse de fournir au gouvernement les listes des résultats des recherches lancées sur son site. L'administration Bush souhaite connaître les noms des sites de pornographie et les mots clés y menant. Cette fronde pourrait coûter cher au groupe.

Créé le 21 janvier 2006  
Mis à jour le 21 janvier 2006 à 14h01  

Le débat sur la défense des libertés individuelles aux Etats-Unis rebondit avec le refus de Google de fournir au gouvernement les listes des résultats des recherches lancées sur son site, dans le cadre de la lutte contre la pornographie. Le géant internet américain a décidé de s'opposer au ministère de la Justice, estimant "abusif" qu'il cherche à obtenir une liste d'un million de sites web visités via le célèbre moteur de recherche, ainsi que tous les intitulés de mots-clés utilisés sur une semaine.

L'objectif du gouvernement est de défendre le bien-fondé d'une loi fédérale de 1998 destinée à protéger les enfants des contenus pornographiques accessibles en ligne. Ce texte est actuellement attaqué en justice par des défenseurs des libertés individuelles le jugeant contraire au premier amendement de la Constitution garantissant la liberté d'expression.

Menace sur tous les contenus sexuels

Selon l'Electronic Frontier Foundation (EFF), qui défend la liberté sur internet, la loi exige "des démarches difficiles et coûteuses" à tousceux qui veulent mettre en ligne des images ou vidéo de sexe. Tous les "contenus sexuels" sont menacés, selon l'EFF, même les  "non-obscènes" ne montrant aucun enfant. Logiquement, les défenseurs des libertés civiles ont applaudi la résistance affichée par Google qui selon l'EFF a choisi de "défendre la vie privée de ses usagers dans cette affaire".

Parmi les piliers de l'internet, Google fait visiblement cavalier seul contre la loi COPA (Child Online Protection Act). Selon la presse américaine, MSN, AOL et Yahoo! se sont tous pliés aux requêtes du ministère de la Justice, Yahoo! soulignant l'avoir fait sans fournir d'éléments permettant d'identifier un usager. Ce dernier joue la prudence depuis que sa filiale à Hong Kong a été accusée d'avoir livré à la police chinoise des informations ayant conduit à l'arrestation d'un journaliste.

Une résistance coûteuse

De son côté, l'administration Bush s'est défendue des accusations d'atteinte à la vie privée. "Nous essayons de trouver les termes des recherches et les adresses URL, pas le nom des personnes qui téléchargent  les contenus", a insisté un porte-parole.

Vendredi, alors que la Bourse de New York a fortement baissé, le recul de l'action de Google a été beaucoup plus prononcé que pour ses concurrents. Le  titre a perdu 37 dollars soit 8,5%, clôturant à 399,46 dollars. C'est la plus forte baisse enregistrée par le groupe, introduit en Bourse en aot 2004. Sonia Arrison, du cabinet Pacific Research Institute, a jugé que s'opposer au gouvermement pourrait coûter cher à Google. "Je pense que cela va être coûteux pour eux, en termes de temps ou de documents judiciaires à produire", a-t-elle estimé.


 

Google plie face à Pékin
Chine : Google plie face à Pékin Le moteur a accepté de censurer certains sites pour pouvoir héberger son moteur de recherche en Chine. Il rejoint Yahoo! et MSN qui ont eux aussi plié face à Pékin. Reporters Sans Frontières se dit "écoeurée".

Créé le 25 janvier 2006  
Mis à jour le 25 janvier 2006 à 14h12  

Google résiste à la pression des autorités américaines, mais plie face à la Chine. La semaine dernière, la société refusait de livrer au gouvernement américain des informations sur les recherches effectuées par les internautes (voir notre article). Mais mercredi, Google a admis avoir censuré des sites interdits par Pékin sur la version chinoise de son moteur, s'attirant ainsi les foudres des associations de défense des droits de l'Homme.

Pas de sites dissidents, pas de service de blogs

Les recherches effectuées mercredi via Google.cn avec des mots clés comme "Falungong", la secte interdite, "indépendance de Taiwan" et "droits de l'homme" conduisent à de nombreux sites reprenant la position du gouvernement chinois. En revanche, les sites de dissidents n'apparaissaient pas dans les résultats. La question de la censure a par ailleurs conduit Google à ne pas inclure dans le nouveau site chinois ses services de courrier électronique et de blogs : ni Gmail, ni Blogger pour les chinois, donc.

Jusqu'à présent les utilisateurs chinois de Google utilisaient une version chinoise disponible via le site principal (google.com), mais celui-ci n'étant pas hébergé sur des serveurs basés en Chine, les recherches à partir de la Chine y sont lentes.

RSF écoeurée

Google a tenté de se justifier en soulignant qu'il se soumettait aux lois locales comme il le fait dans des pays occidentaux comme l'Allemagne et la France. "Les gouvernements à travers le monde imposent des restrictions à l'accès à l'information," a-t-il relevé. "Si le retrait de résultats de recherches est contraire à la mission de Google, ne pas fournir d'information ... est davantage contraire à notre mission", a précisé la société.

L'association Reporters Sans Frontières s'est dite "écoeurée" et estime dans un communiqué que "le lancement de Google.cn marquera un jour noir pour la liberté d'expression en Chine". "Google était le dernier des grands moteurs de recherche étrangers à n'avoir pas censuré sa version chinoise", déplore l'association.

Les trois géants concernés

Yahoo! et Microsoft, concurrent de Google, ont également été la cible des défenseurs des droits de l'Homme à propos de leurs activités en Chine au cours des derniers mois. Microsoft a admis début janvier avoir bloqué sur son service MSN le blog d'un spécialiste chinois des médias qui venait de publier des articles critiquant le gouvernement de Pékin. Le groupe américain avait alors invoqué le respect des "lois, normes et pratiques professionnelles locales". MSN avait déjà été critiqué l'année dernière pour avoir bloqué certaines expressions comme "manifestation", "mouvement démocratique" ou "indépendance de Taiwan" sur son site.

L'année dernière, le portail Yahoo! avait suscité une polémique en livrant à la police chinoise le courrier électronique d'un journaliste critique qui a ensuite été condamné à dix ans de prison.

Fin 2005, la Chine comptait 111 millions d'internautes qui ont dépensé en ligne cent milliards de yuans (12,4 milliards de dollars), selon le Centre d'information chinois sur internet, un organisme d'Etat à but non lucratif.

 

 

Peu de gens savent ce que Google sait sur eux

 

Marie-Eve Morasse 
25 janvier 2006 - 10h05
 

Plus des trois quarts des internautes ne savent pas que Google enregistre et stocke de l'information à leur sujet quand ils font des recherches.
 

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C'est ce que révèle un sondage mené par le Ponemon Institute, qui a sondé un millier d'internautes dans la foulée de la querelle entre Google et le département américain de la Justice.

Google enregistre en effet l'adresse IP des internautes et installe un témoin (cookie) qui expire en 2038. Google dit utiliser ces témoins pour «améliorer la qualité de [ses] services et pour mieux comprendre comment les utilisateurs interagissent avec [eux]».

Le géant de la recherche a récemment commencé à intégrer des fonctionnalités qui permettent d'enregistrer les historiques de recherche, les habitudes de magasinage et les contacts des internautes. Google avait au départ promis de ne pas lier son moteur de recherche et son service de courriel.

Il n'existe pas de façon pour un utilisateur de faire effacer les informations que Google garde sur lui.

Le PDG de la compagnie, Eric Schmidt, a toutefois affirmé récemment que la compagnie se dirigeait vers un moteur de recherche qui «en sait davantage sur vous».

Dans le sondage réalisé par le Ponemon Institute, 56% des utilisateurs ont affirmé que Google ne devrait pas fournir l'information demandée par le gouvernement américain. Seulement 14% des personnes interrogées ont affirmé qu'elles seraient favorables à ce que Google fournisse ces informations.