Je vais vous parler un peu plus concrètement de moi. Il y aura beaucoup de je dans cette note, et je vous prie de m'en excuser.

Taf
On est le 15 avril 2006, et j'ai donc 34 ans, une femme, une fille.
Hier j'ai achevé ce qui semblerait être ma dernière journée de boulot après 27 mois d'activité.
Là présentement je suis en congés pour 15 jours.
Après une petite entrevue avec le dirigeant des ressources humaines prévue pour le 24, je serai en principe licencié, pour des raisons liées principalement à ma boîte.
J'entame donc à priori une nouvelle période d'inactivité professionnelle.
C'est la quatrième fois que ça m'arrive. Sur 12-13 ans de vie active, j'en suis à 4 ans et demi cumulé de chomage.
J'ai deux BTS, un en optique électronique et un autre, équivalent BTS, en programmation web. Je n'ai quasiment jamais travaillé dans les domaines où j'ai été formé.
J'ai été intervalliste dans le dessin animé, apprenti puis technicien de laboratoire dans l'optique électronique donc, assistant commercial dans l'étanchéité industrielle, programmeur web ( 2 mois ), frontliner dans un centre de réception d'appel.
Il va falloir que je me réinvente encore, que je change encore de peau, que j'aille faire la queue aux assedics et à l'ANPE, que je me retape ces cv mille fois refaits, ces lettres de motivation pénibles, ces entretiens que je loupe systématiquement.

Que c'est lourd à trimballer tout ça. J'en ai marre et je n'ai aucune idée de ce que j'ai l'intention de faire. ( On part de rien, tout est possible, un mur : soi, seule. :). Et à 34 ans, j'approche de la zone "produit consommateur" non commercialisable. Fuck.

Lost
Je viens de me taper 24 épisodes de la série Lost saison 1. En 4 jours. Cette note s'appelle Têter à cause de ça d'ailleurs. Non parce qu'il y a un petit bout qui tête sa maman vers la fin de la saison 1 mais parce que je suis toujours sidéré par le fait que les personnages de la série, comme dans mille autres films, font ce qu'on fait ici. Ils entrent en "contact intérieur" si je puis dire. Avec des sourires génés et autres comportements ou tristes ou bienséants ou violents ou sexuels ou amoureux ou etc, ce qui fait l'humanité quoi .
j'avais lu dans Femme Actuelle il y a bien longtemps l'article d'un psy qui disait que regarder la télévision est une sorte de têtée affective. On pourrait se demander pourquoi on ne trouve pas ça dans nos vies.
les deux raisons qui me viennent spontanément à l'esprit, c'est que la vie est bien moins confortable que l'ambiance d'une série télé où l'on mate des vies autres dans un fauteuil. Les américains sont forts d'ailleurs pour rendre cette atmosphère ... intérieurement accueillante, voire addictive par son intensité psychologique. J'ai vu des films étrangers bien plus proches de la rigidité cadavérique du réel...
La deuxième raison est culturelle. La vie est un combat, et quand je vois mon cheminement professionnel ci dessus, je ne peux qu'être d'accord avec moi-même ( ça m'arrive parfois ). Dans un combat, ces sortes de séances de confession psychologique ne trouvent pas un terrain propice à se développer. Mais en France c'est encore plus vrai. J'ai souvent en tête le fait qu'on est les champions du monde des antidépresseurs et autres anxyolitiques, sans parler des drogues illégales. Aux Etats-Unis, il me semble qu'outre ces substances, ils ont plutôt une culture qui fait qu'ils se confient entre eux plus facilement, envers leur psy ou leur curé voire peut etre même leurs proches.
J'ai souvent en tête la phrase de Jésus qui dit que la chair est faible et je l'amalgame facilement avec la fragilité de caractère, cette sensibilité aussi piétinée qu'il y a de jours dans une vie.
Je ne crois pas aux caractères forts. Je crois plutôt a des inconsciences partielles, parfois volontaires, et basées elles sur une part de d'inconscient qui échappe au sujet qui en est atteint.
"Qui accroit son savoir accroit sa douleur" comme disait l'ecclesiaste. en effet, plus de conscience = sensiblité à plus de choses...
Besoin de têter davantage, cercle vercieux.

Rien
Tout cela ne résoud pas grand-chose. C'est juste encore un lancer de grappin sur un rien un peu plus lointain ( je crois réellement à un dieu qui existe physiquement et qui est le vide infini où la matière comme l'esprit trouve leurs limites et se frictionnent en permanence avec elle pour s'étendre, se réorganiser, tenter de se résoudre, de se perfectionner etc... )
En attendant la mort de tout, je m'attends aux miracles. Il y en a : au bout des quêtes spirituelles, il y a des réponses matérialisées.
Amen.

Penez soin de vous.

:)