Elle se tenait debout, sur le trottoir de ce carrefour relativement tranquille.
Regardait devant. Semblant Scruter quelque chose avec application.
Des voitures passaient devant, tournaient au loin.
Des méandres de couleurs nébulisaient sa vue, ses vues. Ses vues qui ruisselaient, chacune avec une des gouttes d'air, des milliers de sphères qui ruisselaient le long de sa chevelure, cendrée, comme tombant en poussière.
2007.
Son sens de la vie, son chemisier blanc, sa petite veste beige de pluie foncée, ses mains fines, son jean bariolé, ses baskets.
Les voitures, une rose, des noires, des bistres, des blanches, des publicitaires, des vertus de la lune.
Il ne pleuvait plus, le soleil éclatait à nouveau, comme il sait le faire, en silence, en lumière.
Immobile.
Les gens, comme les voitures, passaient, tournaient.
Des bus.
Sa tête inclina son regard au sol, scrutant plus encore, à la limite du tremblement émotionnel de ne rien trouver.
Rien...
Rien...
Les voitures continuaient d'essuyer leur gomme sur l'asphalte, ici et là.
Les sons
Elle closa ses yeux.
Partout, dehors, ailleurs, toujours, les mouvements de tout, les motivations, le contexte favorable, la coque de protection, les expressions de la vie, la nature en tourbillon, les injustices, les complots,les tractations, les sanctions, les quiproquos, les accidents, les tricheries, les objets de toutes sortes, les animaux, les plantes, les éléments, les musées, les usines, les bars, les commerces, les chambres, les lits, les draps, les caresses, les murmures, les envols des colombes, les nuages, le ciel, les pyramides, l'espoir, l'Histoire, les avenues, le luxe, l'argent, l'intrépidité, la colombie, l'amérique du sud, l'antarctique, Les Barbades, les état fédérés de la Micronésie, la musique, les vampires, le poids, l'humour, la joie, l'extase, les tristesses, les colères, les mensonges, les religions, les pensées, les psychologies, les souvenirs,  les poussières, les guerres nucléaires, le livre, les montagnes, la métrologie, l'hémoglobine, les hormones, les directeurs d'entreprises, les cervelles, les déserts, les espérances en cris, les enfants, l'amour, le bodybuilding, les lieux tous les lieux, les impôts, les égouts,...

Elle rouvrit les yeux... presque choquée, elle avait froid, elle voulait pleurer, un coma galactique, un oscilloscope artistique, aux vertes nervures, électriques rapides et fragiles, battait de son coeur de machine les oscillations neurales
Elle se prit la tête entre les mains, grimaça des pleurs, et tomba à genoux
Elle se reprit aussitôt, se releva.
Elle vit un banc essouflée sur sa gauche, fit deux-trois pas pour aller s'asseoir.
Chercha dans son veston son paquet de cigarettes.
S'en alluma une.
...Un peu de frayeur, de désespoir... dans le regard, vers le trottoir d'en face.
Puis elle se mit à cligner des yeux toutes les deux-trois secondes, puis toutes les secondes, une main  sur le bois du banc, le ciel grisa à nouveau, des verbes, partout des verbes, des actes avec des objets, des seringues, des hommes agenouillés, des enfants et des chaussures détruites, au Pérou, des armes qui tirent, des machines qui fabriquent des gadgets et de la nourriture, des vendeurs d'hommes qui négocient, des amoureux qui se sourient, des greffiers qui tapent des vérités qui s'engouffrent parmi les possibilités de l'arbitraire, des ordinateurs qui crépitent sous les doigts d'internautes, des vieux qui mangent la soupe dans leur cuillère, des apparitions, des records aéronautiques, des rapports sur le futur, des exhumations du temps parmi les pierres, des mammouths entiers en Sibérie, des mégalithes celtiques ici ou là, des meurtres, des viols, des génocides, des bontés de gestes, des charités de pièces, des ... entrées .... mutuelles... en... communication... entre deux solitudes...
Son souffle se calma...
Elle tira sur sa clope, longtemps, avala la fumée, la retint, 5,10,20 secondes puis l'expulsa...
2007, 5 mai.
Les accélérations des atomes, des forces de Coriolis, des bolides fulgurants sur un désert de sel...
16h12.
3 secondes. 5.
Elle allait mieux.
Elle pouvait... repartir... mais n'en fit rien. Vers où ?
Elle avait faim.
Elle voulait mourir. Se dit que ce serait une bonne idée de mourir.
La paix, enfin.
Ses paupières semblèrent défaillir dans un instant...
Un instant puis, elle esquissa un pleur... mais non... pas de pleur.
Juste du temps, de l'attente.
Pas de bombardements qui oppressent. De bombes ou d'injonctions fortement suggérées, à demi révélées.
Tenaces.
SENTENCES TENACES !
"je t'écoute" se dit-elle, se vit-elle avec sa soeur, debout sous un saule pleureur, dieu sait où...
Sa soeur ne pouvait pas parler, elle pleurait en silence, forte d'une douleur qu'elle ne maîtrisait pas.
Elle pleura aussi... ce qui étonna sa soeur au bout d'un moment, comme scotchée par une telle empathie.
Alors sa soeur la prit dans ses bras, et elle ... c'était bon... c'était doux... Elle ferma les yeux.
Il ne fallait pas que ça change... rester longtemps, comme ça, longtemps, sous ce saule aux pleurs protecteurs...
rester en paix...
Elle imagina cette scène longtemps. Volontairement.
peut-être...5 minutes... ce qui est très très long pour une imagination...
Elle imaginait les sensations, la douceur des cheveux, leur parfum, la finesse du corps, les seins contre les siens, ce corps senti tout entier et son sentiment, d'attachement, de lien... un lien quelque part, enfin...
Elles pleuraient...
Dieu compte les larmes des femmes dit-on...

Elle avait eu peur. L'absurdité, la mort, l'immensité, la dureté de coeur, partout...
Cette putain de débilité de dureté du coeur...
Nous ne sommes pas là pour ça...

Nous ne sommes pas là pour ça...


***


Elle n'avait pas de soeur, du moins... pas dans notre monde.
Le mime est délicat, convaincant. c'est un émerveillement. Comme ce père dans "collisions" qui met un manteau magique à sa fille pour la protéger des balles.
L'imagination est un mime de situations en esprit, et comme le rêve, elle sert à la survie en milieu hostile.
Simplement, elle peut être voulue. Sous l'impulsion d'une intuition de ce qu'il nous faudrait.

Amen.

***

Merci à vous, bisous :)