( Remerciements à Boris Dambly pour l'utilisation de la photo )

 

 

Une image parvint à vivre, d'un regard.  Une posture particulière, dans un cadre qui passait par dessus-bord, repeuplant d'un coup un inlassable vécu, ancien, telle une apparition.

Elle est seule.

Elle est de face, debout et en pied, on ne voit pas son visage car sa tête est inclinée vers l'avant, sur sa gauche, et une large mèche noire est venue la protéger, emmenée par la gravité.

Elle est vêtue très simplement : jean bleu, sweet rouge, calme.

On devine qu'elle devait esquisser un pas, assez lentement, en appui sur sa jambe gauche. Elle ne semble pas pieds nus mais elle aurait dû.
Ses bras sont le long de son corps,  à l'abandon, les doigts légèrement repliés comme quand les mains ne tiennent rien...

On est dans l'ambiance d'un dimanche calme.

Le cadre est en accord, il n'a rien d'exceptionnel : deux murs dont la blancheur est seulement troublée par les quelques longs bras pendants, feuillus et filiformes, assez nombreux, d'une plante peut-être grimpante, mais venant d'en haut bizarrement; une pelouse fatiguée qui oscille entre des couleurs ternes d'une vert sobre qui lutte encore et celles d'une herbe asséchée; un arbuste famélique, chaotique dans le coin de deux murs blancs, comme transporté en automne par son absence de feuilles, toutes tombées devant lui.

Sa tête est tournée vers la gauche. La ligne de ses épaules forme une légère pente vers la gauche, comme ses deux pieds, le droit étant légèrement en retrait du fait du pas qu'elle fait. Le bassin lui forme une ligne horizontale qui rejoint  la pente des épaules, si on les prolonge toutes les deux jusqu'à intersection, non loin de l'arbuste, dont la base forme une tâche noire, de taille importante, également sur la gauche du personnage, qui est un peu décalé, à notre gauche pour le coup, par rapport au centre de l'image.  L'image est déséquilibrée par tous les éléments de l'image qui se trouvent sur la gauche du personnage. Sur sa droite, il n'y a rien.

Par ailleurs, quand on inverse les couleurs de l'image, on voit ça :

 

L'arbuste devient une explosion d'étincelles incandescentes. Et le personnage semble commencer à tourner la tête vers cette soudaine explosion...

Comme si elle avait vu quelque chose que l'on ne pouvait percevoir dans l'image en couleurs originales, car elle n'était qu'une silencieuse éclosion de vie, très acive, et très fournie, dans un cadre très banal :

 

J'ai même rêvé un peu. En fixant mon attention sur les branches de l'arbuste, ou sur le personnage, mon imagination parvient à peupler ma vision périphérique mirant les murs blancs d'une image de plage s'ouvrant au loin sur la mer jusqu'au ciel, hypothétique, tout en gardant le reste de l'image... ça marche aussi aussi quand je fixe directement le mur, en certains endroits, ou en promenant cette volonté de l'imaginaire avec mes yeux, qui l'ont prise par la main...

 

 

Cette part de rêve, l'impression de lassitude qui émane de la fille, par sa posture, ses vêtements apaisants...  sa solitude, le déséquilibre de la photo, le cadre banal, et le pressentiment d'une explosion qui se tait, mais accessible, quelque part dans un coin, contrastant très fortement avec tout le reste, m'a renvoyé en un clic d'appareil vers... ma jeunesse... ( sourire )

Cette synthèse exprime ma jeunesse... traînée, cassante, voûtée, lasse, cherchant sans relâche l'apaisement aux côtés d'un brasier de nerfs intérieur qui m'échappait complètement, tout en m'appelant à l'exprimer sans cesse, les yeux dans un tourbillon de lumière.... et de sentiments puissants, trop puissants....

...

 

Il y a longtemps que j'ai demandé l'utilisation de cette photo à Boris, plusieurs mois... Mais le feu intérieur brûlait encore de ses dernières braises, semble-t-il. Ces choses là sont longues à remédier... et si j'ai pu écrire ce texte maintenant, en le pensant un peu plus qu'habituellement au niveau de l'écriture, c'est que j'ai franchi le pont. J'ai enfin atteint la rive de l'apaisement... au moins un temps, voir de quoi ça avait l'air...