Compo 159
Qu'est ce que je vais te raconter ce coup-ci.

Je vais te recopier une petite partie d'un truc tiens :

"Veuillez lire les pages dramatiques que, dans l'Être et le néant, Sartre consacre à une bien étrange question : existe-t-il, à part moi, d'autres hommes.
je parle de question "bien étrange". En effet, l'existence des autres est tout de même la plus évidente et la plus tangible des réalités, et pour Sarte, qui est existentialiste, mais aussi marxiste et aussi moraliste, reconnaître cette réalité comme plausible fut une question de vie ou de mort. Et pourtant, après une profonde analyse du problème, posé dans l'oeuvre de Descartes, de Kant, de Husserl, Sartre se voit obligé d'admettre que pour un raisonnement strictement philosophique, l'existence de l'autre est formellement inacceptable. Pourquoi ? Parce que, dans mon essence absolue, je suis, comme on l'a vu, une conscience pure, un sujet... Et si j'admettais qu'un autre homme est également une conscience, alors pour cette conscience-là, étrangère, je deviens à l'instant même un objet, une chose. Or pour avoir un raisonnement strict, il ne saurait y avoir deux sujets, un sujet excluant forcément l'autre."
[...]
"Chose singulière, la même contradiction apparaît lorsque nous essayons de comprendre ce que c'est que la conscience pure, en soi : la conscience en effet, ne peut être que conscience de quelque chose, elle est corrélative : si je peux prendre cosncience des formes de cette table-ci, ou des mouvements de cette vache-là, on ne peut imaginer une conscience indépendante de son objet, car étant conscience, elle prend justement cosncience de quelque chose. Dans ce cas-là, la loi d'identité d'Aristote A=A n'est plus valable : notre pensée se heurte à nouveau à une contradiction essentielle et insoluble, et nous débouchons sur la formule existentielle qui fait ressortir l'étrange et fondamentale "esquive" qui a lieu en nous, l'impossibilité d'appréhender l'être humain, "l'homme étant ce qu'il n'est pas, et n'étant pas ce qu'il est." "

Je vous avouerais que je réfléchis encore au pourquoi de l'affirmation "Or pour avoir un raisonnement strict, il ne saurait y avoir deux sujets, un sujet excluant forcément l'autre." même des années après l'avoir lu.

Ces quelques lignes soulignent simplement à mon sens deux impossibilités :
Celle de se comprendre entre deux individus
Celle de se comprendre soi-même

Donc ni la relation sociale, ni l'individualisme forcené ne peuvent être complètement eux-mêmes sans se scinder sur leur propre faille paradoxale intrinsèque.